Carton

Une errance en place pendant 4 heures – théâtre de rue

Trois « asphaltisés » qui parfois ne font rien. L’un est assis sur une poubelle au milieu d’un tas de cartons, l’autre brique son accordéon, le troisième est couché sur son flanc, sous un banc, la tête recouverte d’un journal. Ils sont là parmi les passants qui passent, les enfants qui jouent et les amants fébriles.

Le public (les passants) qui s’arrête et les observe, à cet instant, a la vision d’un espace en respiration. Sʼil s’ était arrêté une demi heure plus tôt, il aurait pu voir ces trois êtres intrigants danser un ballet de cartons pour la place jusqu’à édifier une tour monumentale, balayée bientôt par une bourrasque de vent laissant place à un champ de ruine, les cartons gisants sur le pavé. Et si le public revient ou s’arrête deux heures plus tard il verra, probablement, l’un des trois, murant de cartons les ouvertures de la place, tandis que le second passe la serpillière sur les trottoirs et que le troisième, lui, est plongé jusqu’au nombril dans la bouche d’ égout occupé à dessiner à la craie d’immenses pétales transformant ce trou béant en une fleur.

Ils sont là, visibles, de façon plus ou moins ostentatoire, plus ou moins discrète, mais bien présents.

Le monde de la rue dans lequel certains vivent à plein temps est l’objet d’une fascination certaine. Censé être en marge de notre société, il occupe pourtant une place essentielle et primordiale, celle du « garde-fou », c’est l’ultime menace pour le cancre ou pour l’adulte qui oublierait l’importance de « réussir » sa vie. « Si tu n’obéis pas, si tu ne travailles pas bien à l’école, à l’usine, au bureau, tu finiras dans la rue… ». Grossière et triste menace enfantine…

Clochards, SDF, Mendiants, Errants, Désocialisés, Exclus, Marginaux, Sans-papiers, Asphaltisés… Sont-ils si différents de nous, ces gens à qui l’on prête une multitude d’appellations comme pour ne pas les nommer? Ou ne sont-ils que notre reflet? Comme s’ils avaient « pour objet d’être le miroir de la nature, de montrer à la vertu ses propres traits, à l’infamie sa propre image… » ?

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